Saint-Pierre et Villeherviers

Ou l’histoire de la solidarité des Solognots face aux sinistrés de l’éruption de la montagne Pelée (1902)

 

Il fallait toute l’érudition d’Hélène Leclert, la présidente de la Société d’histoire et d’archéologie de Sologne, pour exhumer des archives locales les documents qui montrent la généreuse attitude des habitants de Villeherviers envers les sinistrés de la Martinique, lors de l’éruption du volcan de la montagne Pelée, au début du XXème siècle…

 

« Nous venons des portes de l’Enfer, vous pouvez télégraphier au monde qu’il n’y a plus une âme vivante à Saint-Pierre. » Tel est le message du capitaine Freeman lorsque son navire, le Roddam, aborde enfin, très endommagé, l’île de Sainte-Lucie, en cette fin d’après-midi du jeudi 8 mai 1902. L’officier de marine, lui-même gravement brûlé, apprend ainsi au monde entier la catastrophe survenue, le matin même, jour de l’Ascension, sur l’ile de la Martinique. Avec l’éruption volcanique, ce sont 28 000 personnes qui sont mortes ou portées disparues. Quand la nouvelle parvient en France métropolitaine (les journaux la publient à la une dès le 10 mai), l’émotion est immense et les drapeaux sont en berne (trois jours durant. Dès le 13 mai un « Comité officiel d’assistance et de secours aux victimes de la catastrophe de la Martinique » se met en place à Paris. Le ministre des Colonies en prend la présidence, qui lance une souscription nationale. De toutes parts, les secours affluent et on recueille ainsi une somme de 9 512 352 francs or. Si la générosité des Français est à la mesure de la catastrophe, il faut ajouter qu’elle concerne toutes les provinces, toutes les régions, tous les départements.

 

La générosité de Villeherviers

 

Les archives municipales de Villeherviers conservent un état nominatif des dons des habitants, augmenté du montant des sommes recueillies. C’est ainsi que l’on sait, que le montant cumulé des dons de cent onze ménages de la petite commune solognote (Villeherviers compte alors 164 ménages et 665 habitants) se chiffre à 165 francs or et trente centimes, somme non négligeable pour une commune qui n’est pas alors réputée très riche.

Faute de savoir comment s’est organisée la collecte de cette somme, on peut penser que le garde-champêtre est allé frapper à la porte de chaque foyer, allant de fermes en locatures. Chacun des donateurs est en effet inscrit en fonction de son lieu d’habitation. On peut cependant en savoir davantage quant à l’identité et à la profession des généreux contributeurs.

En effet, le recensement de population de l’année 1901 permet de retrouver le lieu de résidence et l’activité de chacun des noms portés sur la liste de souscription. Le premier d’entre eux est le premier magistrat de la commune lui-même, Benjamin Normant. Viennent ensuite les habitants des lieux-dits suivants : les Tourneux, la Planche-Thibault, la Petite Béole, le Bourg, Veures, Pont-Gitton, Trécy, etc.

 

Les tournées du garde-champêtre

 

Ce sont, semble-t-il, cinq tournées qui ont été effectuées par le garde-champêtre de Villeherviers, et ce sur une période de plusieurs jours. A l’issue de chacune d’entre elles, le fonctionnaire municipal est rentré à la mairie déposer son pécule. Le dernière tournée a sans doute été la plus longue : il a fallu visiter des domaines plus éloignés du centre-bourg et se rendre sur la rive gauche de la Sauldre : de la Souchonnerie à la Gaillardière, de la Lande à la Petite Lande, en passant par la Faisanderie…

Curieusement, certaines exploitations semblent oubliées des tournées du garde : étaient-elles trop éloignées à Y a-t-on essuyé un refus des habitants à Impossible de le savoir. Parmi les absents, les habitants des fermes de Brûleteau, de la Varenne et de la Vogue…

 

Des dons qui disent l’origine sociale

 

Le montant de chaque versement effectué par les familles sollicitées, parmi celles qui ont répondu positivement à la souscription, permet de connaître l’origine sociale des donateurs. Pas de surprise, les familles favorisées offrent les sommes les plus importantes. C’est tout d’abord le cas du maire de la commune. Monsieur Normant, qui, à l’origine de la souscription, se doit de donner l’exemple. C’est ensuite le cas de vieilles familles locales : les Cornu de La Chansonnerie, les Barluet de Beauchesne (au Domaine des Roches) ou encore Maître Thévard et Maître Glandier.

Pour le reste, on s’aperçoit après un rapide calcul que les professions les plus représentées par les bienfaiteurs de Saint-Pierre de la Martinique sont avant tout exploitants agricoles (on en recense 27). Fort logiquement, les personnes exerçant les métiers les plus modestes se sont montrées moins généreuses : domestiques, journaliers ou ouvriers, tandis que la majorité des commerçants, des propriétaires exploitants et des artisans a répondu positivement à l’appel.

A titre indicatif, la moyenne des dons versés par les habitants de Villeherviers se porte à vingt-cinq centimes, ce qui la met juste au-dessus de la moyenne nationale des dons versé par les Français : vingt-quatre centimes. Les Solognots n’ont donc pas à rougir : issus d’une terre réputée difficile, ils ont fait preuve d’une générosité non négligeable. Leur effort a contribué, comme celui de tous les autres Français sollicités, en Bourgogne, en Anjou ou en Aquitaine, à reconstruire la ville sinistrée de Saint-Pierre, pourtant bien loin de la Sologne…

 

Hélène Leclert

(Pour en savoir plus, on se reportera au bulletin de la S.A.H.A.S.,n° 148,2 trimestre 2002)

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